Pénurie de médicaments : les EHPAD sont préservés pour le moment

Le phénomène prend de l’ampleur en France, au point que la Ministre de la santé s’est emparée du sujet : la pénurie de médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM). Ceux des maladies chroniques, neurologiques, ceux qui concernent plus facilement les personnes âgées. Les maisons de retraite pourraient, si cela s’aggrave, être touchées.

Médicaments sous blister, avant préparation dans une maison de retraite.
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L’alerte des professionnel·le·s de santé

Peut-être l’avez-vous constaté vous-même, puisque la pénurie des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM) en France toucherait un patient sur quatre. Cela ne concerne pas tous les médicaments, mais quasiment tout ceux qui n’ont plus d’exclusivité de commercialisation (leur brevet a expiré et est tombé dans le domaine public). On parle des corticoïdes, des traitements de maladies chroniques, du cancer, neurologiques, des vaccins…

Cela constitue un paradoxe puisqu’avec plus d’entreprises pharmaceutiques pouvant se mettre à fabriquer ces médicaments, on devrait ne jamais craindre de manque. C’est en fait ce qu’il se passe, mais comme ces entreprises sous-traitent en dehors de l’UE dans une logique de réduction des coûts, la chaîne de production et d’acheminement est régulièrement enrayée.

Cette situation a été dénoncée dans une tribune publiée dans le Journal du dimanche par une vingtaine de professionnel·le·s de santé, le 17 août dernier. Ils égrainent les faits problématiques :

  • 20 fois plus de signalements de tensions ou ruptures de stock qu’il y a dix ans (868 contre 44 en 2008)
  • 80% de la production des principes actifs des médicaments non brevetés est faites hors de l’Union européenne
  • La multiplication des intervenants et leur éloignement géographique favorisent les difficultés (qualité médiocre à tous les niveaux de production, intention probable de créer la pénurie pour augmenter artificiellement les prix au réassort)

Une situation mortifère

Laisser la situation s’enliser pourrait avoir des conséquences sur la santé publique. La ligue contre le cancer rappelle régulièrement qu’un patient sans traitement décède de toute évidence plus tôt qu’avec. L’association France Assos Santé avait rendu public un sondage en janvier qui prenait note de la situation. Elle pointait également du doigt les conséquences pour la santé publique :

  • Conséquences directes en cas d’arrêt ou de modification du traitement (augmentation des symptômes, risque de maladies iatrogènes, hospitalisation, décès)
  • Conséquence indirecte avec notamment l’angoisse de ne pas trouver le traitement à temps

La réponse des autorités

Au début de l’été, la Ministre en charge de la santé Agnès Buzin a annoncé les quatre axes pour gérer la pénurie et mieux la prévenir :

  1. Plus de transparence et de communication de l’information entre les acteurs concernés
  2. Meilleure gestion du circuit du médicament
  3. Meilleure coordination nationale et européenne en cas de pénurie
  4. Création d’une gouvernance nationale

Les signataires de la tribune du JDD réclament, eux, de rapatrier tout simplement la production des médicaments, arguant que la position de dépendance actuelle n’est pas acceptable et qu’augmenter les stocks ne suffit plus. Il faut, selon eux, produire en France, à défaut en Europe, en investissant en ce sens. Une piste qui faisait déjà partie d’un rapport du Sénat en octobre 2018 avec, entre autres, la facilitation de substitution des médicaments par la pharmacienne ou le pharmacien.

Les maisons de retraite y font-elles face comme l’ensemble de la population ?

Le circuit de distribution des médicaments (CDM) des maisons de retraite a beau être performant en France, si la pénurie s’accentue, les personnes âgées finiront par en subir également les conséquences. Il y a très peu d’EHPAD qui disposent d’une pharmacie à usage intérieur, et quand bien même c’est le cas, cela ne suffit pas car la pénurie débute en amont, au niveau des fabricants.